Hoshi no Suna ~ chapitre 9
Dec. 6th, 2007 10:24 amJ'ai pas relu, j'ai un début de grippe et j'ai faim, mais je suis assez contente de ce chapitre: je l'ai vraiment pensé dans son évolution, et il constitue de surcroît un pivot important de l'histoire de Mimi (c'est cool que je pense l'avoir réussi, alors!). Pour fêter ça, une icône de Gackt que j'ai faite moi-même à partir d'une photo prise au concert de S.K.I.N. à Los Angeles.
La chanson de thème s'est imposée d'elle-même, elle ne m'a pas laissé le choix: du coup je sais pas si ça correspond vraiment à l'ambiance du chapitre: whatever, comme d'habitude. J'ai aussi repris beaucoup de plaisir à l'écriture: ça vient, ça vient! Mon style est moins maladroit et/ou répétitif, et je retrouve mes marques ainsi que quelques bons réflexes: bref, je suis dans le bon état d'esprit. ^^
Bonne lecture!
La chanson de thème s'est imposée d'elle-même, elle ne m'a pas laissé le choix: du coup je sais pas si ça correspond vraiment à l'ambiance du chapitre: whatever, comme d'habitude. J'ai aussi repris beaucoup de plaisir à l'écriture: ça vient, ça vient! Mon style est moins maladroit et/ou répétitif, et je retrouve mes marques ainsi que quelques bons réflexes: bref, je suis dans le bon état d'esprit. ^^
Bonne lecture!
J'étais au-dessus, de dos. Sa main reposait au creux de mes reins: elle accompagnait mes mouvements. J'aurais voulu voir son visage, mais j'avais cru comprendre qu'il aimait cette position. L'autre m'avait pris à la hussarde, contre une coiffeuse, sauf que son visage à lui s'était reflété dans le miroir, et que j'avais choisi de fermer les yeux.
-"Continue."
J'avais ralenti le rythme, m'étais presque arrêté: Kamui m'avait rappelé à l'ordre. Le son de sa voix me fit légèrement sursauter.
Je repris, mais l'angle avait peut-être légèrement changé, car je ne ressentais plus de plaisir. La panique me prit et j'accélérai encore, en forçant les cris hors de ma gorge. Je me savais convaincant. L'autre en tous cas n'y avait vu que du feu.
Kamui, qui n'était qu'à demi allongé sous moi, se redressa soudain en position assise et m'immobilisa en me tenant par les hanches. Je sentis ses dents se planter dans la chair de ma nuque: tu te calmes.
Je me tins soumis, ne bougeai plus d'un cil. Il me massa doucement l'entrejambe. Je geignis et me cabrai sous la caresse; lui me mordit à nouveau en resserrant plus fort la mâchoire, tandis que sa main se refermait sur mon sexe. Par réflexe, je voulus pencher la tête en arrière. Sa morsure m'en empêcha; je n'avais pas d'autre choix que de courber l'échine et gémir. Ma docilité parut le satisfaire parce qu'il cessa de me masturber et de me mordre pour se rejeter en arrière sur les oreillers. Il me prit à nouveau par les hanches et donna un violent coup de reins, qui me coupa le souffle. D'autres suivirent, plongeant au plus profond, jusqu'à ce que Kamui rivât mes fesses à son bassin pour jouir en moi.
Cette nuit-là, je rêvai que j'étais lui. Au matin, il ne m'en restait aucun souvenir précis, juste l'impression d'avoir vécu la toute-puissance et la perfection. Je n'avais, pendant mon rêve, connu aucune frustration. Les obstacles s'écartaient de ma route. Tout, autour de moi, s'enclenchait comme une mécanique bien huilée: le monde était taillé à mon unique mesure.
Par la suite, je me mis à observer ses faits et gestes.
Tous les matins sans exception, il se levait à quatre heures sonnantes, pour pratiquer ses arts martiaux, jusqu'à sept heures: une heure d'échauffements, une heure et demie de pratique et une demie-heure d'étirements. Même pour les sports de combat, il s'inventait des tendances: après le full contact, son dada du moment était le viet vo dao. Néanmoins, il ne passait à une autre discipline que lorsqu'il estimait avoir fait le tour de la précédente.
Une fois les exercices dans son dôjo exécutés, il s'accordait une heure pour se doucher et s'habiller.
A huit heures précises, il se faisait servir un petit déjeuner à l'européenne, dont le menu demeurait immuable: un toast de pain complet, sec, du jus d'oranges espagnoles fraîchement pressées et une espèce de muesli bio dégueulasse qui, servi dans un bol de lait tiède, avait un goût de sciure de bois.
A huit heures et demie le petit-déjeuner était fini: s'il ne préparait pas de tournée ou d'album, il consacrait sa matinée à la pratique d'un instrument de musique. Le piano avait sa préférence, mais le jeudi et le samedi, il alternait entre guitare électrique et batterie. Le dimanche, si l'humeur y correspondait, il lui arrivait de jouer du shamisen, parce que selon lui le dimanche était un jour idéal pour ça.
Le mercredi, jour de l'eau, élément qui correspondait à son signe astrologique, Chang-O, sa voyante chinoise venait lui rendre visite. C'était une beauté glaciale, longue et plate, aux pommettes hautes et aux yeux très bridés. Ses tenues témoignaient toujours d'un goût irréprochable et elle ne portait jamais de maquillage ni de bijoux: il aurait sans doute été impossible à Kamui de souffrir le contraire.
Il m'avait interdit l'accès à leurs séances privées.
L'idée qu'ils couchaient ensemble m'avait bien traversé l'esprit, mais ça ne leur ressemblait ni à l'un ni à l'autre, et les imaginer en plein acte ne me procurait qu'une vague nausée, inexplicable. Kamui ne ressemblait pas à quelqu'un de superstitieux non plus: Dieu n'est pas croyant. Pourtant, ce rendez-vous hebdomadaire n'était déplacé sous aucun prétexte.
Je flairais la mise en scène. Kamui créait constamment son propre mythe, je le compris au fur et à mesure de mes observations. La voyante faisait partie intégrante des accessoires de la star mégalomane; elle était donc indipensable. Il ne pouvait se permettre de laisser le superflu au hasard.
Ou peut-être que le désir d'immortalité était son unique faiblesse. Ç'aurait expliqué pourquoi il gardait un contrôle permanent sur les moindres choses dans sa vie, et Chang-O était, par essence, un moyen pour lui de maîtriser l'incontrôlable.
Plus j'y réfléchissais, et moins ça avait de sens; j'en arrivais à penser que toutes mes théories n'étaient qu'une manipulation de plus: la star dont la faille était la peur de vieillir, c'était tellement cliché et convenu. C'était le sous-estimer au point d'en faire une parfaite antithèse. Je choisis alors de mettre de côté ce genre de considérations, et de me cantonner aux faits.
En début de soirée, selon une méthode qui n'appartenait qu'à lui, Kamui lisait. Quotidiennement, Sachiko lui apportait sa cargaison fraîche de magazines, livres, revues, journaux, tracts, pamphlets, brochures, catalogues, dans toutes les langues qu'il pouvait parler ou même de certaines dont il ne maîtrisait que quelques mots, sur tous les sujets. Il épluchait tout, ne lisait au passage qu'un article, un mot, une phrase, une image, et le désordre dans lequel il portait son attention chaque objet de lecture avait au final des airs de logique étrange. Parfois, il utilisait des gommettes de couleur comme repères sur certaines pages, puis il laissait indéfiniment traîner l'ouvrage ainsi marqué sans jamais le rouvrir.
Le seul magazine qu'il lisait de bout en bout, de l'ours aux publicités, avec un sérieux quasi papal, était le Shônen Monthly. Et quand il l'avait fini, il le rangeait avec un soin maniaque dans une bibliothèque qui en était exclusivement constituée.
Une fois, une seule, pendant une de ces lectures, je le vis accomplir un geste qu'il n'avait jamais eu auparavant, un geste traître, de faiblesse: pendant l'espace de quelques secondes, il avait porté l'ongle de son pouce à sa bouche et l'avait mordu, très brièvement. L'instant d'après, tout était rentré dans l'ordre, comme si rien ne s'était passé. L'incident avait eu lieu alors qu'il en était presque à la fin du magazine, et ce geste ne pouvait être lié qu'à l'une des deux séries qui occupaient les dernières pages. J'avais vérifié dès le lendemain matin, tandis qu'il était en train de prendre sa douche: l'une parlait d'un pêcheur; l'autre d'un magicien. Il m'avait été impossible de déceler, dans aucune de ces deux histoires mal dessinées et terriblement prévisibles - même pour du Jump - quelque élément que ce fût qui eût pu causer chez lui un tel bouleversement. Ou alors... tout était possible.
Ce n'était qu'après la lecture que je pouvais le rejoindre dans ses activités, parce qu'alors venait le moment de regarder la télévision. C'était une sorte de pouvoir magique qu'il possédait: chaque fin de séance coïncidait précisément au début des heures de prime sur les chaînes nationales. Il regardait n'importe quelle émission, impassible, sans faire le moindre commentaire. Mais il n'avait pas l'air non plus de s'y intéresser outre mesure. Une fois, par provocation, au milieu d'une émission "nostalgie" de chansons pour vieux particulièrement chiante, je le suppliai de changer de chaîne sous peine de me voir mourir d'ennui: il accéda à ma requête avec une facilité déconcertante, comme si c'était ce qu'il avait toujours compté faire, depuis le début. Plus la soirée avançait, et plus son attention se détachait de la télé pour se porter sur moi, jusqu'à ce qu'il éteignît enfin l'appareil, et que son regard se fixât définitivement. Puis nous allions prendre un long bain. Il pouvait me sauter au cours du bain, ou se contenter de quelques attouchements, ou alors il ne faisait rien et se cantonnait à m'observer, laissant la tension s'accumuler avec un plaisir évident. Mais la récréation était bel et bien finie une fois que nous nous mettions au lit: il ne me laissait de répit que lorsqu'arrivait son heure de dormir, plus ou moins vers deux heures du matin.
C'était la raison pour laquelle, exténué, je ne pouvais guère me lever qu'après onze heures le matin, pour avaler rapidement un bol de céréales pur sucre en lieu et place de l'infâme muesli bio. Après ma douche, il était généralement l'heure du déjeuner et je ne pouvais pas manger grand chose. Je grignotais des petits trucs par-ci par-là, pour ensuite aller m'entraîner à jouer la guitare dans un autre coin de la maison, dans le jardin la plupart du temps, lorsque venait l'heure pour lui de pratiquer la musique. Je voulais vraiment m'améliorer, pour ne plus avoir à revivre un concert comme l'autre fois, alors j'y passais autant d'heures que lui.
En fin d'après-midi, j'allais parfois jouer au foot avec certains de ses gardes du corps au repos et quelques serviteurs au moment de leur pause.
En temps de concerts ou de préparation d'album, tout était bien différent. Je ne le voyais jamais dans la journée, et, certains soirs, il dormait à l'hôtel pour gagner du temps. Le jour où il finissait par rentrer, aux petites heures, il me réveillait et ses assauts se révélaient toujours plus brutaux et pressés que d'habitude. Je me laissais faire à chaque fois, sans jamais rechigner.
Le jour où j'avais débuté mes investigations, il m'avait fallu accomplir un effort monstre pour me lever en même temps que lui. Je n'avais pas eu suffisamment d'heures de sommeil dans le compteur et il m'avait été difficile de bien imprimer tout ce qu'il faisait au cours de la journée. Par la suite, petit à petit, j'avais fini par m'habituer.
Lui, ce jour-là, n'avait paru se rendre compte de ma présence incongrue qu'une fois à la table du petit-déjeuner: il avait levé les yeux, et avait eu l'air sincèrement étonné de me trouver là. Mais ensuite, il n'avait rien dit, et avait poursuivi ce qu'il avait à faire sans en tenir compte davantage.
-"Mais dites-nous plutôt quel goût ont les lèvres de Hyde...
-Elles ont un goût de fraise."
Rires.
-"Heiiiiiin? De fraiiiiise?
-Je vous jure! Mais je crois que c'est à cause de son gloss. Il est parfumé."
Rires.
"Vous ne voulez pas savoir quel goût ont les miennes?"
Rires.
-"Vous me tentez, mais je suis un homme marié!
-Ah! Mes préférés."
Rires.
-"Sérieusement, vous comptez aller embrasser la planète entière, comme ça?
-Pourquoi pas? Je pense être investi d'une mission divine. Il n'y a pas assez d'amour dans le monde: je veux bien me dévouer pour en donner à vous tous."
Cris.
-"Effectivement, c'est un bien bel idéal! Et au milieu de tout ça, vous préparez aussi un album?
-Tout à fait; il sort le mois prochain. D'ailleurs, il suivra ce concept, d'amour universel."
Je n'avais pas encore enregistré une seule note.
-"Tout le monde a pu admirer le sutra du coeur sur votre dos - vous êtes croyant?
-Je crois en moi.
-Allons, vous savez ce que je veux dire.
-Vous savez aussi ce que je veux dire!"
Rires.
-"Vous n'aviez pas ce piercing à la lèvre lors du concert de Hyde.
-Ah non?"
Kamui me l'avait rajouté, quelques jours avant l'émission. Il avait lui-même percé ma lèvre inférieure à l'aide d'une aiguille d'or.
-"C'est aussi un concept? Vous allez vous en rajouter encore beaucoup sur le corps, dites?
-Eh bien, je considère que je suis en constante évolution, alors... je ne m'arrêterai sans doute jamais."
Je me rapprochai du micro.
"Je ne m'arrêterai jamais."
Kamui m'attendait à la sortie du studio. Lorsque j'arrivai à sa hauteur, il me tendit la cigarette qu'il fumait. J'en retirai une taffe, et à travers la fumée que j'exhalai, je vis un sourire étirer les coins de sa bouche. Il m'était directement adressé.
Je sus que j'avais été parfait.
-"Continue."
J'avais ralenti le rythme, m'étais presque arrêté: Kamui m'avait rappelé à l'ordre. Le son de sa voix me fit légèrement sursauter.
Je repris, mais l'angle avait peut-être légèrement changé, car je ne ressentais plus de plaisir. La panique me prit et j'accélérai encore, en forçant les cris hors de ma gorge. Je me savais convaincant. L'autre en tous cas n'y avait vu que du feu.
Kamui, qui n'était qu'à demi allongé sous moi, se redressa soudain en position assise et m'immobilisa en me tenant par les hanches. Je sentis ses dents se planter dans la chair de ma nuque: tu te calmes.
Je me tins soumis, ne bougeai plus d'un cil. Il me massa doucement l'entrejambe. Je geignis et me cabrai sous la caresse; lui me mordit à nouveau en resserrant plus fort la mâchoire, tandis que sa main se refermait sur mon sexe. Par réflexe, je voulus pencher la tête en arrière. Sa morsure m'en empêcha; je n'avais pas d'autre choix que de courber l'échine et gémir. Ma docilité parut le satisfaire parce qu'il cessa de me masturber et de me mordre pour se rejeter en arrière sur les oreillers. Il me prit à nouveau par les hanches et donna un violent coup de reins, qui me coupa le souffle. D'autres suivirent, plongeant au plus profond, jusqu'à ce que Kamui rivât mes fesses à son bassin pour jouir en moi.
Cette nuit-là, je rêvai que j'étais lui. Au matin, il ne m'en restait aucun souvenir précis, juste l'impression d'avoir vécu la toute-puissance et la perfection. Je n'avais, pendant mon rêve, connu aucune frustration. Les obstacles s'écartaient de ma route. Tout, autour de moi, s'enclenchait comme une mécanique bien huilée: le monde était taillé à mon unique mesure.
Par la suite, je me mis à observer ses faits et gestes.
Tous les matins sans exception, il se levait à quatre heures sonnantes, pour pratiquer ses arts martiaux, jusqu'à sept heures: une heure d'échauffements, une heure et demie de pratique et une demie-heure d'étirements. Même pour les sports de combat, il s'inventait des tendances: après le full contact, son dada du moment était le viet vo dao. Néanmoins, il ne passait à une autre discipline que lorsqu'il estimait avoir fait le tour de la précédente.
Une fois les exercices dans son dôjo exécutés, il s'accordait une heure pour se doucher et s'habiller.
A huit heures précises, il se faisait servir un petit déjeuner à l'européenne, dont le menu demeurait immuable: un toast de pain complet, sec, du jus d'oranges espagnoles fraîchement pressées et une espèce de muesli bio dégueulasse qui, servi dans un bol de lait tiède, avait un goût de sciure de bois.
A huit heures et demie le petit-déjeuner était fini: s'il ne préparait pas de tournée ou d'album, il consacrait sa matinée à la pratique d'un instrument de musique. Le piano avait sa préférence, mais le jeudi et le samedi, il alternait entre guitare électrique et batterie. Le dimanche, si l'humeur y correspondait, il lui arrivait de jouer du shamisen, parce que selon lui le dimanche était un jour idéal pour ça.
Le mercredi, jour de l'eau, élément qui correspondait à son signe astrologique, Chang-O, sa voyante chinoise venait lui rendre visite. C'était une beauté glaciale, longue et plate, aux pommettes hautes et aux yeux très bridés. Ses tenues témoignaient toujours d'un goût irréprochable et elle ne portait jamais de maquillage ni de bijoux: il aurait sans doute été impossible à Kamui de souffrir le contraire.
Il m'avait interdit l'accès à leurs séances privées.
L'idée qu'ils couchaient ensemble m'avait bien traversé l'esprit, mais ça ne leur ressemblait ni à l'un ni à l'autre, et les imaginer en plein acte ne me procurait qu'une vague nausée, inexplicable. Kamui ne ressemblait pas à quelqu'un de superstitieux non plus: Dieu n'est pas croyant. Pourtant, ce rendez-vous hebdomadaire n'était déplacé sous aucun prétexte.
Je flairais la mise en scène. Kamui créait constamment son propre mythe, je le compris au fur et à mesure de mes observations. La voyante faisait partie intégrante des accessoires de la star mégalomane; elle était donc indipensable. Il ne pouvait se permettre de laisser le superflu au hasard.
Ou peut-être que le désir d'immortalité était son unique faiblesse. Ç'aurait expliqué pourquoi il gardait un contrôle permanent sur les moindres choses dans sa vie, et Chang-O était, par essence, un moyen pour lui de maîtriser l'incontrôlable.
Plus j'y réfléchissais, et moins ça avait de sens; j'en arrivais à penser que toutes mes théories n'étaient qu'une manipulation de plus: la star dont la faille était la peur de vieillir, c'était tellement cliché et convenu. C'était le sous-estimer au point d'en faire une parfaite antithèse. Je choisis alors de mettre de côté ce genre de considérations, et de me cantonner aux faits.
En début de soirée, selon une méthode qui n'appartenait qu'à lui, Kamui lisait. Quotidiennement, Sachiko lui apportait sa cargaison fraîche de magazines, livres, revues, journaux, tracts, pamphlets, brochures, catalogues, dans toutes les langues qu'il pouvait parler ou même de certaines dont il ne maîtrisait que quelques mots, sur tous les sujets. Il épluchait tout, ne lisait au passage qu'un article, un mot, une phrase, une image, et le désordre dans lequel il portait son attention chaque objet de lecture avait au final des airs de logique étrange. Parfois, il utilisait des gommettes de couleur comme repères sur certaines pages, puis il laissait indéfiniment traîner l'ouvrage ainsi marqué sans jamais le rouvrir.
Le seul magazine qu'il lisait de bout en bout, de l'ours aux publicités, avec un sérieux quasi papal, était le Shônen Monthly. Et quand il l'avait fini, il le rangeait avec un soin maniaque dans une bibliothèque qui en était exclusivement constituée.
Une fois, une seule, pendant une de ces lectures, je le vis accomplir un geste qu'il n'avait jamais eu auparavant, un geste traître, de faiblesse: pendant l'espace de quelques secondes, il avait porté l'ongle de son pouce à sa bouche et l'avait mordu, très brièvement. L'instant d'après, tout était rentré dans l'ordre, comme si rien ne s'était passé. L'incident avait eu lieu alors qu'il en était presque à la fin du magazine, et ce geste ne pouvait être lié qu'à l'une des deux séries qui occupaient les dernières pages. J'avais vérifié dès le lendemain matin, tandis qu'il était en train de prendre sa douche: l'une parlait d'un pêcheur; l'autre d'un magicien. Il m'avait été impossible de déceler, dans aucune de ces deux histoires mal dessinées et terriblement prévisibles - même pour du Jump - quelque élément que ce fût qui eût pu causer chez lui un tel bouleversement. Ou alors... tout était possible.
Ce n'était qu'après la lecture que je pouvais le rejoindre dans ses activités, parce qu'alors venait le moment de regarder la télévision. C'était une sorte de pouvoir magique qu'il possédait: chaque fin de séance coïncidait précisément au début des heures de prime sur les chaînes nationales. Il regardait n'importe quelle émission, impassible, sans faire le moindre commentaire. Mais il n'avait pas l'air non plus de s'y intéresser outre mesure. Une fois, par provocation, au milieu d'une émission "nostalgie" de chansons pour vieux particulièrement chiante, je le suppliai de changer de chaîne sous peine de me voir mourir d'ennui: il accéda à ma requête avec une facilité déconcertante, comme si c'était ce qu'il avait toujours compté faire, depuis le début. Plus la soirée avançait, et plus son attention se détachait de la télé pour se porter sur moi, jusqu'à ce qu'il éteignît enfin l'appareil, et que son regard se fixât définitivement. Puis nous allions prendre un long bain. Il pouvait me sauter au cours du bain, ou se contenter de quelques attouchements, ou alors il ne faisait rien et se cantonnait à m'observer, laissant la tension s'accumuler avec un plaisir évident. Mais la récréation était bel et bien finie une fois que nous nous mettions au lit: il ne me laissait de répit que lorsqu'arrivait son heure de dormir, plus ou moins vers deux heures du matin.
C'était la raison pour laquelle, exténué, je ne pouvais guère me lever qu'après onze heures le matin, pour avaler rapidement un bol de céréales pur sucre en lieu et place de l'infâme muesli bio. Après ma douche, il était généralement l'heure du déjeuner et je ne pouvais pas manger grand chose. Je grignotais des petits trucs par-ci par-là, pour ensuite aller m'entraîner à jouer la guitare dans un autre coin de la maison, dans le jardin la plupart du temps, lorsque venait l'heure pour lui de pratiquer la musique. Je voulais vraiment m'améliorer, pour ne plus avoir à revivre un concert comme l'autre fois, alors j'y passais autant d'heures que lui.
En fin d'après-midi, j'allais parfois jouer au foot avec certains de ses gardes du corps au repos et quelques serviteurs au moment de leur pause.
En temps de concerts ou de préparation d'album, tout était bien différent. Je ne le voyais jamais dans la journée, et, certains soirs, il dormait à l'hôtel pour gagner du temps. Le jour où il finissait par rentrer, aux petites heures, il me réveillait et ses assauts se révélaient toujours plus brutaux et pressés que d'habitude. Je me laissais faire à chaque fois, sans jamais rechigner.
Le jour où j'avais débuté mes investigations, il m'avait fallu accomplir un effort monstre pour me lever en même temps que lui. Je n'avais pas eu suffisamment d'heures de sommeil dans le compteur et il m'avait été difficile de bien imprimer tout ce qu'il faisait au cours de la journée. Par la suite, petit à petit, j'avais fini par m'habituer.
Lui, ce jour-là, n'avait paru se rendre compte de ma présence incongrue qu'une fois à la table du petit-déjeuner: il avait levé les yeux, et avait eu l'air sincèrement étonné de me trouver là. Mais ensuite, il n'avait rien dit, et avait poursuivi ce qu'il avait à faire sans en tenir compte davantage.
-"Mais dites-nous plutôt quel goût ont les lèvres de Hyde...
-Elles ont un goût de fraise."
Rires.
-"Heiiiiiin? De fraiiiiise?
-Je vous jure! Mais je crois que c'est à cause de son gloss. Il est parfumé."
Rires.
"Vous ne voulez pas savoir quel goût ont les miennes?"
Rires.
-"Vous me tentez, mais je suis un homme marié!
-Ah! Mes préférés."
Rires.
-"Sérieusement, vous comptez aller embrasser la planète entière, comme ça?
-Pourquoi pas? Je pense être investi d'une mission divine. Il n'y a pas assez d'amour dans le monde: je veux bien me dévouer pour en donner à vous tous."
Cris.
-"Effectivement, c'est un bien bel idéal! Et au milieu de tout ça, vous préparez aussi un album?
-Tout à fait; il sort le mois prochain. D'ailleurs, il suivra ce concept, d'amour universel."
Je n'avais pas encore enregistré une seule note.
-"Tout le monde a pu admirer le sutra du coeur sur votre dos - vous êtes croyant?
-Je crois en moi.
-Allons, vous savez ce que je veux dire.
-Vous savez aussi ce que je veux dire!"
Rires.
-"Vous n'aviez pas ce piercing à la lèvre lors du concert de Hyde.
-Ah non?"
Kamui me l'avait rajouté, quelques jours avant l'émission. Il avait lui-même percé ma lèvre inférieure à l'aide d'une aiguille d'or.
-"C'est aussi un concept? Vous allez vous en rajouter encore beaucoup sur le corps, dites?
-Eh bien, je considère que je suis en constante évolution, alors... je ne m'arrêterai sans doute jamais."
Je me rapprochai du micro.
"Je ne m'arrêterai jamais."
Kamui m'attendait à la sortie du studio. Lorsque j'arrivai à sa hauteur, il me tendit la cigarette qu'il fumait. J'en retirai une taffe, et à travers la fumée que j'exhalai, je vis un sourire étirer les coins de sa bouche. Il m'était directement adressé.
Je sus que j'avais été parfait.
FIRST!
Date: 2007-12-06 10:17 am (UTC)Et après ce chapitre j'aimerais beaucoup suivre Gackt partout comme un petit toutou aveugle.
Je ne sais toujours pas ce que je raconte mais le fait est que UWAH!!!
Merci beaucoup de me mettre dans tous mes états.
Re: FIRST!
Date: 2007-12-06 12:04 pm (UTC)Je crois qu'on est pas prêts de passer à un autre point de vue que celui de Mimi, en fait; c'est chiant mais c'est crucial pour la cohérence. Et je crois qu'il me serait impossible d'adopter le point de vue de Gackt même si au départ j'en avais vaguement eu l'intention. Du coup, je l'ai fait, artificiellement, à travers le "rêve" de Mimi.
Sinon ça n'a rien à voir, mais j'aime beaucoup cette icône de Kame!