sevenswells: (Gackt seme)
[personal profile] sevenswells
J'étais parti loin de toute civilisation pendant quelques temps, d'où le retard. Les aventures de Mimi continuent, et la rencontre a enfin eu lieu! Bon, toujours pas de scène de sexe, mais le prochain chapitre y sera pratiquement consacré en entier (j'avais conçu de ne faire qu'un chapitre de la rencontre et de la scène de cul, mais c'était plus long que prévu comme dirait la jeune mariée...)

Kyo avait obtenu les billets par un de ses vieux amis qui faisait partie du staff de sécurité. Il était beaucoup plus excité que moi à l'idée d'aller à ce concert, alors je faisais de mon mieux pour paraître également enthousiaste. J'avais déjà vu quelques-uns des clips de Gackt à la télé, dont un où il était déguisé en pseudo-noble du XVIIIème français à la Versailles no Bara, ça m'avait plutôt fait rire qu'autre chose. La musique n'était sans doute pas inécoutable mais je ne comprenais fondamentalement pas les visualistes. Pour moi, ils avaient forcément besoin de compenser quelque chose en se cosplayant comme des guignols et en se prenant au sérieux. Le rock se devait d'être plus primaire, pour pouvoir s'appréhender directement et aller droit au bassin pelvien; les froufrous étaient inutiles et ne constituaient que des barrières de plus entre le rock et le sexe, qui est l'énergie fondamentale. Evangile selon Miyabe.
C'est pourquoi, immergé dans la foule de minettes hurlantes et de gothos saucissonnés de cuir et de fer clinquant, à attendre son entrée en scène, je ne me sentais vraiment pas à ma place et aurais somme toute voulu être ailleurs. Il était difficile de faire bonne figure face à Kyo qui m'abreuvait à l'oreille de détails à propos du groupe, Malice Mizer: Mana le guitariste-poupée, plus beau qu'une femme, et Közi l'autre membre fondateur du groupe et enfin, Camui Gackt... l'homme qui parle plusieurs langues couramment, qui joue au piano depuis l'âge de trois ans, qui pratique les arts martiaux, qui n'a pas plus de sept pour cent de graisse sur tout le corps, qui dit être un vampire né en 1540. Heureusement, Kyo ne rendait pas compte que je me retenais de rire. Ca sentait la bio trafiquée par une équipe de commerciaux fous furieux, livrée en pâture à la presse adolescente - accompagnée de quelques photos suggestives - et sensée impressionner la nunuche prépubère qui pourrait se toucher en pensant à sa star préférée, si formidable, si surhumaine. Je me sentis soudain très irrité. Lorsque la marée humaine se mit à frémir et gronder, le cynisme ne me quitta pas: bande d'exploités, pensai-je. Lorsqu'ils se mirent à scander son nom, j'en fus malade.
Ga-ku-to, Ga-ku-to, Ga-ku-to...
Qu'avait-il de si spécial? Un bon service pub, d'accord, mais ça ne devrait pas suffire, pour galvaniser autant de monde, si?
Les lumières s'éteignirent et dans la pénombre, l'attente et l'excitation de la foule se firent plus étouffantes. Kyo s'était arrêté de parler. Malgré moi, et à ma grande surprise, mon coeur se mit à battre plus fort. Si je m'étais mis à réfléchir, j'aurais pu mettre cette appréhension sur le compte de l'effet de groupe, mais tout le sang-froid dont j’étais capable était troublé par un sentiment incongru: en même temps que tout le monde, je sentais que quelque chose d'important et de terrible allait se produire.
Le guitariste, Közi, apparut sur scène, éclairé sous les pieds par un spot de lumière rouge. La foule vibra de bonheur. Il était déguisé en démon et deux ailes rouges et noires en strass lui pendaient dans le dos. Sérieux comme un pape malgré la ringardise du costume, il le portait avec tant de naturel qu'il aurait pu être né avec. Il entama un riff de guitare qui me prit aux tripes. Le rejoignit Mana, auréolé d’une lumière bleutée: sa guitare aux accents mélancoliques faisait vibrer en polyphonie les envolées de Közi. Yuuki le bassiste et Kami le batteur entrèrent en scène à leur tour, dans une explosion lumineuse. Avec le rythme et les tons graves, Yuuki et Kami formaient la terre et les montagnes, tandis que Közi peignait le ciel et Mana, la lune et les étoiles: Malice Mizer écrivait sa propre cosmogonie. Pendant cette longue intro, les deux guitares cherchaient leur harmonie tout en augmentant graduellement l'intensité de la mélodie: on les aurait dites lancées dans une course au point culminant, qui se produisit seulement à l'apparition de Gackt, au-dessus de nos têtes. Parmi nous, un cri se répéta à l’infini.
Deux grandes ailes de plumes noires lui sortaient du dos, mais il n’avait pas besoin de tels artifices: sa simple présence était bouleversante. Il plana jusqu'au devant de la scène, et la foule, comme attirée par un aimant, se précipita d'un seul mouvement en avant, s'écrasant avec fracas sur les barrières de sécurité. Les bras levés se tendaient tous dans sa direction. Plusieurs filles à côté de moi fondirent en larmes, une d'entre elles tomba à genoux, une autre se roula par terre, une autre encore s’écroula, à demi morte. Inconsciemment, ma main chercha celle de Kyo, pour me faire rassurer: elle ne rencontra que du vide. Kyo avait disparut, happé par la masse indistincte. J'étais désormais seul face à ce monstre de charisme, et mon être tremblant ne fut plus que terreur et adoration lorsqu’il fit entendre sa voix.
Pendant trois pleines heures, je ne savais plus qui j’étais. Mon coeur battait à l’unisson des autres coeurs, ma peau ruisselait contre d’autres peaux, mes cris se mêlaient aux autres cris: j’étais des milliers, et le sentiment d’amour qui animait mon vaste corps n’allait qu’à lui et lui seul.
Quand tout fut fini, il me fallut un long moment pour revenir à la réalité et me rappeler à moi-même. J’attendis que le plus grand nombre des spectateurs sorte du stade et je pus enfin retrouver Kyo, dans les bras duquel je tombai en lui criant à l’oreille: « Papa, il faut que je le rencontre, tout de suite.
-Qui ça, ma petite fleur? » cria-t-il en retour, mi-amusé, mi-inquiet.
Je ne répondis pas, il comprit simplement à l’urgence qui se lisait dans mon regard; alors son front se rida.
« -C’est compliqué, Miyabe... commença-t-il.
Je secouai la tête et l’interrompis:
-« Non, Kyo. Je sais que c’est possible, et uniquement grâce à toi. Je t’en supplie. Je ne te demanderai rien d’autre, plus jamais. »
Il s’assombrit et soupira.
J’avais gagné.
Coupant à travers la foule, il m’emmena avec lui à la rencontre de son copain de la sécurité. Ce dernier fit d’abord des difficultés, mais dès qu’il apprit que Kyo et moi ne sortions pas ensemble, il accepta, quoique toujours avec un peu de réticence, de nous laisser passer et il nous fit accéder aux loges, au nom de la vieille amitié qui le liait à Kyo.
Je me retrouvai devant la porte de sa loge, me balançant d'un pied sur l'autre, tordant mes mains moites.
-"Tu es sûr de...
-Kyo, je suis navré de t'inquiéter, vraiment, mais il faut absolument que je le fasse, tu comprends? Je n'ai jamais ressenti ça, et je ne crois pas que c'est à cause de l'effet de groupe ou quoi, enfin pas seulement, y'avait un truc, j'ai jamais ressenti ça; c'est ce mec, il a quelque chose de spécial. J'étais à ses pieds, et il y avait cette énergie qui m'écrasait, pffffoooouuu, et..."
Je mâchais la moitié de mes mots et souriais nerveusement en même temps. Pas étonnant qu'il s'inquiétât pour moi, j'avais l'air d'un parfait aliéné. Mais il était difficile de lui faire comprendre que, sans en avoir conscience, je n'avais jamais rien vécu jusqu'ici: tout me paraissait déplacé, je ressentais à reculons; comme si je vivais hors de moi-même. Mais il y avait des moments qui pouvaient me transcender, des moments où tout collait parfaitement, comme une solution simple, mais jusque là invisible, à un puzzle ou un casse-tête. C'était la seule mesure de valeur que je connaissais au bonheur, ces bribes d'existence pure où tout le reste vous paraît d'une fadeur morbide.
Ses épaules s'affaissèrent un peu. Pour le consoler, j'ajoutai:
"Tout ira bien. Profite de mon absence pour aller draguer un peu - ton copain m'a l'air partant, en tous cas."
Je ponctuai d'un clin d'oeil, pour détendre l'atmosphère. Il eut un semblant de sourire, exigea un bisou sur la joue et s'en alla, en se retournant de temps en temps, penaud et contrit.
Ma main se tendit vers la poignée de la porte, mais des rires me parvinrent, et je stoppai net, pris de doute. Et si je le dérangeais? S'il n'avait pas la patience d'écouter ce que j'avais à lui dire? D'ailleurs, avais-je seulement quelque chose à lui dire, ou bien était-ce simplement pour le voir et tirer mon bonheur de ce fait?
Je pris une brève inspiration, abaissai la poignée et poussai la porte.
A l'intérieur, toute conversation cessa et les occupants de la pièce me regardèrent sans surprise. Il était bien là, le dos tourné, se démaquillant face à la coiffeuse illuminée. De l'angle où j'étais, je ne voyais qu'un oeil bleu qui me jaugeait avec froideur dans le miroir.
-"Encore un? Décidément, ils sont efficaces, à la sécurité. Tu ne t'ennuieras pas ce soir, Kamui." ricana Közi, appuyé contre un mur.
Je compris quand je vis que d'autres m'avaient précédé: trois filles assez jeunes, habillées de façon outrancière, gloussaient bêtement à côté de Gackt. Il daigna se lever:
-"C'est la rançon du succès, Kouji. Mais je te sens jaloux, et je ne voudrais pas gâter nos bonnes relations: tu en veux?"
Il fit un geste vague dans notre direction, aux filles et moi; elles rirent jaune. Moi, ma bouche était sèche. Sa voix me rappelait de la fumée d'encens: douce et grave, entêtante. Il articulait sans heurts, sans chercher ses mots: sa diction était aussi lisse que son visage.
Közi me désigna d'un coup de menton:
-"Ce petit mignon, là, me plaît bien. Il a l'air innocent."
Dans un coin de ma tête, j'avais bien conscience qu'il parlait de moi, mais je n'arrivais pas à faire la connexion. Je me sentais encore moins concerné que d'habitude; le recul que j'accusais généralement par rapport à mon affect s'était encore agrandi. Mes yeux restaient fixés sur Gackt: sa personne occupait tout l'espace et dégageait une arrogance folle, comme s'il se sentait prêt à se retrouver à tout moment devant des milliers de personnes. Il ne comptait pas changer d'attitude simplement parce qu'il n'était plus sur scène. Mes phéromones, devenues incontrôlables, me court-circuitaient le cerveau.
-"Pas si vite, dit-il à Közi avec sa belle voix feutrée, ils sont tout de même venus pour moi: il faut bien que je me réserve le premier choix. Voyons..." Il se tourna vers les filles:
"Qui préférez-vous, mesdemoiselles?"
Elles se pâmèrent.
-"Ga-san!" répondirent-elles en cacophonie.
Amusé, il en attrapa une par le menton:
-"Que me proposez-vous, pour la soirée?
-Tout ce que Ga-san désire!
-Et si je vous prenais toutes ensemble?"
Elles furent déstabilisées un moment et ne surent pas quoi répondre, mais l'une d'entre elles eut la présence d'esprit d'acquiescer, alors les autres suivirent. Il se mit à rire doucement. Il avait l'air de prendre son pied à se moquer d'elles si ouvertement. Puis il se tourna vers moi:
"Et toi? Qu'as-tu à proposer?"
Le ridicule de cette foire aux bestiaux me fit émerger de mon apathie: il me mettait en compétition avec trois nymphettes idiotes qui lui promettaient monts et merveilles, qu'est-ce qu'il voulait que je lui dise? Je me sentais aussi irrité qu'au début du concert, alors je sortis sans réfléchir:
-"Je veux faire du visual kei. Produisez-moi."
Cette injonction fut suivie d'un silence fracassant. La stupeur se lut sur son visage, sans doute sa seule émotion spontanée de toute la soirée. Je poursuivis en haussant la voix, enfonçant mes ongles dans mes paumes:
"Au début, je vous prenais pour des bouffons. Pour moi le rock n'était pas un carnaval. Pas besoin de déguisement tant qu'on a des guitares, une batterie et de la voix, ça suffit pour s'envoyer en l'air. Votre musique, c'était de l'ersatz, un produit raffiné et dégueulasse, du sucre pour diabétique, et les costumes, c'était pour faire passer la pilule."
Les filles me regardaient avec la bouche ouverte et les yeux ronds; je ne leur aurais pas fait plus forte impression si j'avais soudain dévoilé une ceinture d'explosifs en beuglant que j'allais tous les annihiler au nom du grand Stratéguerre.
-"Hé, connard, gronda Közi en se détachant du mur et en faisant un pas vers moi, tu te crois où...?"
Gackt l'arrêta d'un geste. Il me regardait à présent droit dans les yeux et silencieusement, m'enjoignit à continuer. Crâneur, je haussai les épaules:
"Mais après ce concert, j'ai changé d'avis. C'est bien de la vraie musique, et votre façon d'en jouer m'a laissé sur le cul, j'avoue. Je veux en faire, aussi; comme vous: votre concert, ça m'a remué. Je veux faire ça aux gens, moi aussi. Alors je m'en remets à vous. Produisez-moi."
Közi voulut dire quelque chose mais Gackt fut plus rapide:
-"Sais-tu jouer d'un instrument? demanda-t-il calmement.
-Non.
-Sais-tu chanter?
-Pas vraiment, mais j'ai composé des...
-Te rends-tu compte, me coupa-t-il, que si on ne peut vendre ni ta voix, ni ta musique, il ne te reste plus grand chose?"
Je pris deux secondes pour digérer la question, puis je souris:
-"Si. Moi."
La réponse eut l'air de lui plaire.
-"Désolé, Közi. Je te laisse les filles pour ce soir; le petit mignon vient avec moi."

Date: 2006-08-25 05:36 pm (UTC)
From: [identity profile] mokoshna.livejournal.com
Oh, un brin de suspense à la fin, c'est cool ^^

Bon, je ne comprendai jamais le monde du visual ^^;
Ta description est très bien faite, c'est pour ça XD

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