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Ooookay! En attendant le probable chapitre 6 (j'essaye de me forcer à écrire, c'est pas facile), j'ai voulu écrire du yuri pour une fois... moralité: je n'écrirai plus jamais de yuri. Là, c'est avec les mêmes persos, Gackt et Mimi, transposés en geishas de l'ère Edo (j'y connais rien non plus, j'ai juste vu Mémoires d'une Geisha qui était un film bien pourri faut le reconnaître). Bref vous verrez. Dans l'économie de l'histoire, je ne sais pas trop si ça s'intègre vraiment, mais je m'en fous aussi; prenez plutôt cela comme un genre de "coupure pub".

- « C’est absolument hors de question, dit Gakuto.
-Je vous préviens, c’est la dernière fois que je vous le demande gentiment. » dit Miyabe.
Miyabe n’aimait pas sa façon discrète de prononcer les mots, comme si sa langue était en porcelaine et s’ébrècherait à trop tinter sur ses dents. Comme si son regard méprisant et son menton porté haut ne suffisaient pas déjà à trahir le snobisme de cette pétasse. Mais Miyabe savait qui d’entre elles était la vraie reine.
- « Veuillez sortir de mon établissement. » dit Gakuto d’un ton définitif en se levant et en amorçant un mouvement vers la porte. La soie de son kimono bruissait toute fluide, comme un ruisseau de montagne. Miyabe se leva aussi et attrapa le poignet de Gakuto, qu’elle sentait fin malgré les épaisseurs de tissu de sa manche. De la bonne qualité, songea-t-elle, mais je peux aussi m’en acheter, des comme ça, et des plus luxueux encore.
- « Pas si vite, onee-san. Ce n’est pas la peine de jouer les grandes madames, tout le quartier est au courant de vos problèmes d’argent. Ca ne paye plus beaucoup, hein, de servir le thé à des vieux, de nos jours? »
Gakuto ne laissa rien transparaître mais Miyabe était certaine que le coup avait porté. Par le tressaillement imperceptible de sa paupière, elle sut qu’elle l’avait blessée, et en éprouva un certain plaisir.
« Pourquoi voulez-vous apprendre de moi, alors? dit Gakuto en baissant les yeux. Je ne vous comprends pas.
-J’ai mes raisons, elles ne vous regardent pas. Mais je paye bien, vous savez que j’en ai les moyens. Acceptez l’argent, ne serait-ce que pour préserver une certaine... "façade". »
Encore une fois, elle su que ses paroles avaient percé la carapace de la geisha. Elle aurait voulu quitter le salon sur-le-champ pour garder en mémoire ce moment unique - Dieu, elle en aurait presque mouillé, Gakuto, la plus célèbre des geishas de Edo, aux pieds de la moins que rien qu'elle était, Miyabe la putain des bas-fonds. Mais la catin qu'elle était avait su s'élever: nombreuses étaient les figures de la ville, magistrats et politiciens, qui se disputaient désormais ses faveurs. Depuis toute jeune, elle avait compris que le sexe était une arme beaucoup plus subtile que ce qu'on pouvait penser. Un corps en valait tout à fait un autre, elle le savait, et le sien n'avait pas de particularité extraordinaire. Mais elle avait compris comment se rendre unique au monde, et indispensable. Il y avait les pratiques, bien sûr, elle se savait plutôt douée et inventive de ce côté-là, toutefois là encore, d'autres à sa place seraient tout aussi expertes. Or, elle avait rajouté quelques cordes à son arc: le fait d'écouter ces porcs sur l'oreiller quand ils parlaient de leurs petits soucis, dans leur travail ou de leur (trop) douce femme. Avoir des caprices, de temps en temps - important, les caprices; il fallait savoir alterner la caresse et le fouet pour dominer entièrement ces hommes qu'elle méprisait, tous autant qu'ils étaient. L'argent rentrait au fur et à mesure qu'elle gagnait des clients et de l'expérience; bientôt elle put ouvrir son propre bordel, ce qui lui rapporta plus de fonds encore. Prudente, elle diversifia son commerce, fit des investissements éclairés et à présent Miyabe était la reine de l'ombre de Edo. Elle s'était vengée de tous ses ennemis et s'était attiré des amitiés intéressées - les seules à valoir la peine. Ses décisions étaient respectées, ses ordres craints et ses colères redoutées.  Néanmoins, la fillette aux joues sales qui, du fond de son ruisseau, regardait passer les belles dames poudrées n'avait pas tout à fait quitté le puissant personnage qu'elle était devenue. Elle avait obtenu tout ce dont elle avait manqué depuis cette époque, mais une seule chose lui faisait cruellement défaut: le vernis du raffinement. Elle possédait de la belle porcelaine de Chine, mais elle savait que quelque chose n'allait pas quand elle s'en servait. Elle trouvait ses doigts grossiers, appuyés contre le bleu royal de sa tasse préférée. Elle se doutait que la courbure de son poignet était inélégante quand elle la penchait pour boire, et lorsque ses lèvres trempaient dans le breuvage, elle ne pouvait l'apprécier, tant ces détails la minaient. Tous les objets rares et chers qu'elle avait eu tant de mal à réunir semblaient se liguer contre elle pour lui crier: usurpatrice! Fille de la rue!
J'enjolive cette coiffure, mais je ne la pare pas, disait le peigne de nacre et de santal dans ses cheveux noirs. Je déguise ce corps, mais je ne le vêt pas, disait le kimono de soie sur sa peau fardée.
Bien sûr, elle pouvait faire semblant de ne pas s'en soucier et forcer les objets à se plier à sa volonté, mais le malaise qu'elle ressentait était tel qu'elle en avait la nausée. Et elle se sentait au bord du vomissement frénétique si par malheur son chemin croisait celui de Gakuto.
Tout en elle respirait la noblesse et la grâce. Lorsque le regard d'un homme rencontrait le sien, elle baissait les yeux et rosissait sous le fard, charmante et délicate comme un pétale. Si la fantaisie prenait à Miyabe de faire de même, sa gestuelle était aussitôt interprétée comme une invite. Les doigts de Gakuto sur la tasse en porcelaine étaient un ornement, ses lèvres le prolongement du bord, et c'est à peine si sa gorge blanche frémissait lorsqu'elle sirotait une gorgée de thé, le savourant pleinement en cet instant parfait où tout avait sa place.
Née d'une bonne famille, dressée à la distinction, Gakuto avait été l'élève de la fameuse Madoka, la geisha qu'on surnommait "Mademoiselle Chrysanthème", célèbre pour avoir soumis le seigneur Genzaemon. La Chrysanthème n'avait jamais eu à se plaindre de sa disciple, et avait même fini par lui confier son établissement lorsque son vieil âge ne lui permit plus de le tenir. Gakuto n'était pas une mauvaise gérante, loin de là: elle manquait simplement d'ambition. La Maison aux Chrysanthèmes continuait de recevoir des clients vieillissants et nostalgiques mais, sans apport de nouveaux capitaux, les fêtes et les cérémonies du thé n'avaient plus le faste d'antan.
Gakuto n'avait pas d'autre choix que d'accepter la proposition de Miyabe.
Lorsque cette dernière, triomphante, rentra chez elle se soir-là, elle se prélassa comme un chat dans ses draps brodés. Par caprice, elle voulu dîner d'un méchant curry aux légumes, quand bien même elle avait les moyens de se payer de meilleurs plats. Elle se le fit servir au lit, et tacha sa robe et ses draps. Elle rit beaucoup en voyant les taches s'épanouir sur les beaux tissus, posa son bol sale à même le petit tapis persan au pied de son lit, et s'endormit comme un bébé sans prendre la peine de se changer. Le lendemain commençaient ses leçons de maintien et de bonnes manières avec Gakuto.

La sadique! Le monstre! "Tenez-vous droite, plus droite! Votre main, quelle horreur! Je me moque de savoir si vous avez mal aux jambes, tordez-les, s'il le faut!"
Et elle ponctuait ses phrases impitoyables de coups d'éventails sur les parties incriminées. Miyabe laissa faire, au début du moins, mais lorsque Gakuto lui frappa les omoplates plus fort que de raison, elle vit rouge.
Salope de pucelle frigide, pensa-t-elle rageusement, elle se venge et essaye de me faire craquer, elle va voir!
-"Vous m'apprenez tant de choses, maîtresse, je vous en suis si reconnaissante... commença-t-elle, calme et ronronnante.
-Plaît-il?
-Mais mon argent ne suffira pas à vous faire garder vos clients, n'est-ce pas? Ne voulez-vous pas apprendre de moi, aussi?"
Elle s'était mise à quatre pattes et se rapprochait dangereusement de Gakuto, dont l'expression était celle d'une bête traquée.
-"Restez à votre place, le cours n'est pas fini!
-Allons, maîtresse, nous pouvons bien faire une pause, pas vrai? Ne voulez-vous pas savoir, dit-elle en lui prenant doucement la main, comment faire d'un homme votre esclave?
-Arrêtez ça et revenez à votre place, je vous préviens...
-Savez-vous à quel point le plus rustre des hommes est faible, quand il tient tout entier dans votre bouche?"
Elle se mit à lui sucer l'index. Le visage de Gakuto vira au rouge pivoine. Elle ôta promptement sa main et se releva.
-"Reprenez votre argent, dépravée! lâcha-t-elle avec mépris en rassemblant ses robes autour de ses jambes, afin d'éviter tout autre contact avec Miyabe. De toute façon, je ne peux rien faire de vous!
-Oh que si, rétorqua Miyabe en se levant à son tour. Elle la dépassait d'une bonne tête. Tâtez, maîtresse." Elle lui reprit la main de force et la glissa dans un pan de son kimono, pour la glisser sur un téton. "Vous sentez? Ce sont vos coups d'éventails qui les ont rendus aussi durs."
La geisha sembla manquer d'air. Bien que son intention au départ fût seulement de jouer un peu avec elle, Miyabe était vraiment excitée, pour le coup, et se dit que ce serait sans doute amusant de lui faire son affaire. Elle se frotta lascivement contre sa main, et sa peau s'embrasa d'un coup. Comme possédée, elle voulu précipitamment défaire l'obi de Gakuto, mais celle-ci se débattit en poussant un cri d'oiseau plaintif. Elles perdirent l'équilibre et tombèrent toutes les deux à terre, entraînant dans leur chute la théière et les tasses en porcelaine qui se brisèrent et répandirent leur contenu bouillant. L'osier exhala un bref nuage de vapeur. Miyabe serra sa victime entre ses cuisses, dont l'intérieur commençait à être humide; ce combat impromptu l'excita davantage. Avec une force qu'elle ne se connaissait pas, elle déchira les vêtements de sa rivale, qui se débattit de plus belle. Le frottement des tissus arracha à Miyabe un cri de volupté. Sous ses yeux, le corps nu de Gakuto était blanc et parfait, si ce n'étaient les griffures fraîches qu'il avait récoltées de sa résistance. Miyabe ne put s'empêcher de lécher ces blessures magnifiques, délicieuses, puis elle ôta son kimono et promena sans vergogne son sexe le long de la cuisse blanche et froide sous elle. Gakuto, impuissante et humiliée, cacha son visage entre ses mains. Miyabe s'allongea complètement sur son corps, l'écrasant de tout son poids, seins contre seins écrasés, et lui prit les poignets pour les écarter. Son visage était tout proche de celui de Gakuto, avalant ses expirations et lui insufflant les siennes propres, à une distance de plus en plus réduite, jusqu'à ce qu'enfin leurs lèvres se touchent et s'écrasent à leur tour. Miyabe voulait la faire fondre, mais la langue qu'elle goûtait était raide et gourde, inerte. Miyabe voulait la faire fondre. Ses doigts fusèrent et se faufilèrent entre les cuisses de Gakuto, mais lorsqu'ils la pénétrèrent, forçant les lèvres closes, ils ne purent aller plus loin. Miyabe se releva. Ses bras pendirent mollement le long de son corps. Pendant une infinité de temps, elle se tint là, debout, à regarder le corps recroquevillé de Gakuto - qui, semblait-il, pleurait - sur l'osier bruni par le thé, parmi les morceaux de porcelaine brisée.
"Moquez-vous... sanglotait sa rivale. Moquez-vous!"
Miyabe ne dit rien. Il n'y avait rien à dire, même pas d'excuses à faire. Son regard s'attarda sur les éclats blancs à terre que devant ses yeux, ses propres larmes transformaient lentement en taches floues, qui grandissaient sans cesse, jusqu'à se brouiller définitivement en grande marée d'écume.

Miyabe se réveilla en sursaut dans la chambre d'hôtel, les joues humides et le sexe dur. Sa première pensée fut de se demander ce que pouvait bien vouloir dire ce drôle de rêve. Puis, il se rendormit, et l'oublia à tout jamais.

Date: 2007-02-23 12:27 pm (UTC)
From: [identity profile] sevenswells.livejournal.com
Ho, tu es là! T'es rentrée ou Internet existe aussi à Brest? ^^

Merci de commenter à chaque fois en tous cas, ça m'aide! Pour le chapitre qui se termine en mieux... heu... en fait le yuri ça m'inspire vraiment pas des masses; je devais effectivement leur donner un happy ending, et puis j'ai fait traîner les choses en longueur, j'ai oublié ce que je devais faire initialement et, j'avoue, je me suis chiée sur la fin. On pourrait résumer ça en "ma main a glissé" huhuhu
Je me rattraperai plutôt avec du bon yaoi des familles. Haaaaa *soupir* on se refait pas.

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