sevenswells: (Miyavi light)
[personal profile] sevenswells
Chaud, la suite!


Je ne dis pas "tadaima". Personne ne me répondra "okaeri", de toute façon. Il n'y a que ma mère et moi. Je l'entends dans la cuisine qui fait tinter des casseroles. Elle sait que je suis rentré et elle prétend être occupée; je ne suis même pas sûr que les casseroles qu'elle manipule à grand bruit ne contiennent quoi que ce soit. Je monte à ma chambre en faisant claquer en rythme mes New Rocks sur les marches de l'escalier. Le bruit dans la cuisine s'est arrêté. Elle a compris que je me foutais de sa gueule. Ca ne m'amuse pas plus que ça, de la torturer. Je le fais juste par acquis de conscience. Malgré tout, au dernier moment, je décide de ne pas faire claquer la porte de ma chambre.

J'avais été sincèrement surpris quand elle avait accepté de m'héberger. Enfin, je présume que c'est parce qu'elle devait vraiment se sentir toute seule. C'est tout ma mère, ça, de préférer vivre avec son pire ennemi plutôt qu'avec elle-même. Je l'avais trouvée vieille et maigre, sur le pas de la porte, à me regarder avec des gros yeux comme si j'étais un fantôme.


Comme j'ai la sale manie de n'éprouver des sentiments qu'à rebours, c'est seulement après coup que je me suis rendu compte du choc que ça m'avait fait. D'aussi loin que je me souvienne, elle a toujours rayonné de cette force propre aux illuminés dingos de Dieu. Pourtant, j'ai vu son armure se disloquer sous mes yeux quand elle a su, pour Takeshi et moi, de la façon la plus brutale qui soit: moi, sur les genoux de Takeshi, vêtu de l'uniforme de collégienne de ma soeur, lui, la main entre mes cuisses sous ma jupe retroussée.


Elle avait encore sa Bible à la main: son catéchisme avait été annulé au dernier moment, alors elle était rentrée. Quand elle nous a vu, son corps s'est affaissé, comme une étoile se ramasse sur elle-même quand elle meurt. Le livre sacré est tombé à terre. Puis elle est sortie en claquant la porte. Takeshi a continué à me caresser négligemment. Je l'ai repoussé, irrité, et je me suis approché de la porte. Des bruits étouffés me parvenaient à travers le battant. Elle pleurait.


J'ai toujours pensé qu'elle l'aurait découvert, un jour ou l'autre, cette histoire de cul avec Takeshi. Quand je faisais une connerie, elle le savait immédiatement: elle avait une sorte de sixième sens pour ce genre de truc. Avec son odorat développé comme celui d'une chienne, je suis sûr qu'elle a déjà dû sentir le foutre qui empestait ma bouche lorsque je venais l'embrasser pour lui souhaiter bonne nuit, le soir, après les visites de Takeshi.


Je n'étais pas très prudent, et n'importe quel branleur qui se prétendrait psychologue le dirait: au fond de moi, je souhaitais aussi qu'elle le découvrît.


Cependant, à l'entendre pleurer en étouffant ses sanglots - comme elle avait toujours tout étouffé - derrière la porte de ma chambre, je n'étais plus sûr de rien. Je ne savais plus quoi faire.


Takeshi décida à ma place: il attrapa son cartable, remit sa veste et alla ouvrir la porte. Je voulus l'arrêter mais il fut plus rapide. Il passa près de ma mère en grommelant une salutation inaudible puis dévala l'escalier. La porte d'entrée claqua. Puis, le silence.


Quand elle fit à nouveau son entrée dans la chambre, je sursautai et reculai de quelques pas, me retrouvant dans un coin. Les mains dans le dos, je touchai le mur derrière moi - j'aurais voulu passer à travers et disparaître. Dans le silence, on n'entendait que le frottement mat de ses pantoufles sur le parquet. Elle se pencha, ramassa la Bible et articula d'une voix blanche, sans me regarder:


"Enlève cet uniforme tout de suite et va te laver. Après, je ne veux plus que tu voies ce garçon. Je préviendrai ta grand-mère, aussi, qu'elle ne le reçoive plus."


Puis elle sortit.


J'avais honte, j'étais en colère. Contre elle, contre Takeshi, contre moi.


Je me débarrassai des vêtements de ma soeur et les foulai au pied, puis sortis dans le couloir en me dirigeant, nu, vers la salle de bains.


J'allais m'enfuir. Commencer une nouvelle vie. Grand-mère me prêterait de l'argent, puis je me débrouillerais, quitte à tapiner. J'en parlerais à Takeshi, il avait des parents à Tokyo.


Tokyo était la terre promise.


 


Je n'étais vraiment qu'un sale petit merdeux, je m'en rends compte à présent. Cet idéalisme n'était que le fruit de mon ennui fertile, mais je croyais à la force de cette vague qui me prenait soudain, et l'excitation faisait passer ce coup de tête pour une bonne idée.


Néanmoins, je comprends même le petit con que j'étais quand je jette un oeil autour de moi. Je ne vois que de l'ennui, partout. Trou perdu de merde paumé au beau milieu d'Hokkaido, qui est elle-même l'île la plus paumée du Japon; vie de merde à attendre que la Mort se fasse suffisamment chier pour passer dans le coin. Ma chambre n'a pas changé, comme tout le reste. J'ai besoin d'air. J'ai besoin d'une clope. Mais je n'en ai pas plus, et je n'ai pas de fric pour en acheter. Il faudra attendre demain, quand je commencerai mon job au conbini. J'enlève mes vêtements et mes bottes et m'allonge sur mon lit d'adolescent.


Je décide de me branler un bon coup pour me sortir toute cette tension du corps. Je passe en revue mes souvenirs et mes fantasmes. Non, pas ceux avec Takeshi, je finirais par simuler, même en me masturbant. Je ferme les yeux et frôle mes tétons du bout des doigts. Je prends une longue inspiration. Je ne veux pas non plus penser à lui. Ca m'a déjà fait assez de mal quand je l'ai vu à la télé chez grand-mère, aujourd'hui. Je me caresse le bas-ventre, ça chatouille un peu. Mes doigts jouent avec quelques poils pubiens, je fais légèrement glisser mon majeur le long de mon pénis, qui se met à pulser avec l'afflux sanguin. Ma main le contourne tandis qu'il se lève avec lenteur et se décalotte en révélant le bout d'un gland luisant, je caresse mes bourses. Mais je touche alors la cicatrice à l'intérieur de ma cuisse: le contact m'électrise. N'y tenant plus, j'empoigne ma bite déjà à demi dure et, presque sans y penser, je murmure son prénom:


"Kamui..."


C'est comme si j'avais appuyé sur un bouton: des flots de sensations me reviennent, comme des flashes violents, en stroboscope: sa voix, sa voix grave à la tessiture enfumée, son odeur, le goût de son sperme, sa langue qui pénètre mon oreille, les mots sales qui m'excitaient, ses dents - j'accélère le rythme, je pense à sa bite, dont j'étais si accro - ma respiration siffle, mes chevilles autour de sa nuque, les coups de boutoir, ses cris de jouissance, la salive - je porte le majeur de ma main libre à ma bouche, le suce, puis l'introduit dans mon anus qui l'avale goulûment, je l'y enfonce plus profond, de l'autre main, je continue à me caresser, de plus en plus vite, Kamui, Kamui...


 


...ha.


Je sens mes muscles se détendre peu à peu, tandis que je regagne mes esprits. Je me mets sur le côté, en chien de fusil, et je me retire le doigt. Dans ma paume est étalé de frais le produit de mon onanisme désespéré. Je lèche un peu. Je me sens vide.


Il n'est pas là.


Date: 2006-08-01 11:22 am (UTC)
From: [identity profile] mokoshna.livejournal.com
Du cul déprimant. Intéressant. Le rythme est lent mais j'aime bien la personnalité réaliste de ton Mimi ^^

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