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[personal profile] sevenswells
08/03/2014:

L'aveu d'Athos à d'Artagnan concernant l'exécution de son ex-femme (et la fleur de lis et tout le reste) est une scène horrible, awkward et poignante, ça m'a tué de feels; parce qu'Athos en parle d'abord en disant que c'est arrivé à un """"""ami""""""" à lui et c'est douloureusement transparent que c'est bien de lui qu'il s'agit ("Un de mes amis, un de mes amis, entendez-vous bien ! pas moi, dit Athos en s'interrompant avec un sourire sombre" ... oh, Athos :(((( ), sauf peut-être à d'Artagnan qui de prime abord ne remet pas cette prémisse en question... jusqu'à ce qu'Athos parle de l'accident où "l'ami" découvre la fleur de lis (ce qui se passe après est décrit en une seule phrase, et pour moi d'une brutalité infinie: "-Le comte était un grand seigneur, il avait sur ses terres droit de justice basse et haute, il acheva de déchirer les habits de la comtesse, il lui lia les mains derrière le dos et la pendit à un arbre"). Et là, l'échange qui m'a fait un coup au coeur:

"- Ciel ! Athos ! un meurtre ! s'écria d'Artagnan.
- Oui, un meurtre, pas davantage, dit Athos pâle comme la mort."

Athos ne cherche même pas à se défendre ou à ne pas appeler un chat un chat une fois que d'Artagnan qualifie ce qu'il a commis, alors que la phrase d'avant il justifie l'action du "comte" avant de dire ce qui s'est passé -- grand seigneur, justice et tout le tintouin. Mais une fois que la condamnation, par son ami le plus cher (son amour, selon moi, mais vous le prenez comme vous voulez) qui le regardait avec estime et admiration jusque là, tombe, inutile de le nier et l'exclamation de d'Artagnan confirme juste ce qu'Athos pensait déjà, malgré le devoir, la justice, les lois ou que sais-je. Le "pas davantage" nie cette idée de justice; il ne dit pas "ni plus ni moins", il dit "pas davantage": il n'y a rien de grand ou d'honorable là-dedans, ce n'est pas une exécution, ce n'est pas justice rendue, c'est juste un bas *meurtre*. Et presque tout le dialogue est entremêlé de cette schizophrénie entre compassion humaine et devoir qui divisent l'âme d'Athos, comme quand la fleur de lis est découverte:

"Une fleur de lis, dit Athos. Elle était marquée.
Et Athos vida d'un seul trait le verre qu'il tenait à la main.
- Horreur ! s'écria d'Artagnan, que me dites-vous là ?
- La vérité. Mon cher, l'ange était un démon. La pauvre jeune fille avait volé."

Malgré "l'ange était un démon", Athos qualifie quand même Milady de "pauvre jeune fille".

aaaaaaah mon coeur je saigne ça me tue ;______; Athos tu es con et tu as un balai dans le cul

Et une fois que l'aveu est fait, il n'est plus question de l'excuse fallacieuse de "l'ami", Athos utilise la première personne pour parler de ce qu'il a fait et de ce qu'il a ressenti. L'échange est tellement douloureux que d'Artagnan fait semblant de s'endormir à cause du vin qu'ils boivent juste pour l'arrêter.

"D'Artagnan ne pouvait plus supporter cette conversation, qui l'eût rendu fou ; il laissa tomber sa tête sur ses deux mains et fit semblant de s'endormir.
- Les jeunes gens ne savent plus boire, dit Athos en le regardant en pitié, et pourtant celui-là est des meilleurs !... "

Et le lendemain, TOUT EST ENCORE PIRE. Athos sert une excuse de merde à d'Artagnan comme quoi il était bourré et qu'il a raconté une histoire qu'il a prise pour la vérité mais qui n'est jamais arrivée... et d'Artagnan joue le jeu pour les épargner tous les deux.

"- J'étais bien ivre hier, mon cher d'Artagnan, dit-il, j'ai senti cela ce matin à ma langue, qui était encore fort épaisse, et à mon pouls qui était encore fort agité ; je parie que j'ai dit mille extravagances.
Et, en disant ces mots, il regarda son ami avec une fixité qui l'embarrassa.
- Mais non pas, répliqua d'Artagnan, et si je me le rappelle bien, vous n'avez rien dit que de fort ordinaire.
- Ah ! vous m'étonnez ! Je croyais vous avoir raconté une histoire des plus lamentables.
Et il regardait le jeune homme comme s'il eût voulu lire au plus profond de son coeur.
- Ma foi ! dit d'Artagnan, il paraît que j'étais encore plus ivre que vous, puisque je ne me souviens de rien."

TEARS.
TEARS EVERYWHERE

Athos qui regarde fixement d'Artagnan pendant qu'il raconte ses bobards de merde me fait mal. Il ne veut pas perdre l'estime de d'Artagnan, il sait que son bobard est merdique et il veut malgré tout se convaincre et convaincre d'Artagnan que ça passe -- parce que l'alternative... Non, vaut mieux mettre tout le monde d'accord qu'il faut tout enterrer comme d'habitude, c'est mieux. J'arrive même pas à analyser et retranscrire exactement à quel point l'émotion ici est compliquée, juste que ça fait mal à tout le monde et à moi aussi. Et ouais, ça ressemble énormément à "hier on a couché ensemble et on va faire semblant qu'on a oublié parce que c'était une erreur de saoûlards et on regrette" parce que dans les faits, Athos n'a jamais partagé une telle intimité avec quelqu'un, c'est pire que d'avoir couché avec: il a laissé d'Artagnan voir jusqu'au fond de son âme ce qu'il n'a révélé à personne -- et d'Artagnan (à juste titre) a rejeté ce qu'il a fait. D'où "comme s'il eût voulu lire au plus profond de son coeur", il cherche encore, malgré tout, l'absolution de d'Artagnan et d'une certaine manière, d'Artagnan qui accepte de jouer le jeu et fait semblant que ça ne s'est pas passé, c'est une forme d'absolution. Ils peuvent se remettre à fonctionner "normalement" après ça.

Vous êtes deux crétins, voilà quoi, et vous feriez mieux de vous faire des bisous.

Date: 2014-04-06 12:58 pm (UTC)
From: [identity profile] soleil-ambrien.livejournal.com
Oui, cette scène/ce passage est horrible, d'autant plus qu'à la première mention de "c'est arrivé à un ami" j'avais trop grillé que c'était bien d'Athos lui-même qu'il s'agissait ; et je ne sais pas dans quelle mesure D'Artagnan ne fait pas semblant de croire qu'il parle bien de quelqu'un d'autre tout en sachant la vérité, jusqu'à la description de l'exécution qui est vraiment trop pour qu'il continue à feindre. C'est complètement heartbreaking. Aussi, j'approuve ta conclusion personnelle.

Date: 2014-04-06 02:30 pm (UTC)
From: [identity profile] arakasi28.livejournal.com
C'est vrai qu'elle est assez traumatisante cette scène, surtout quand tu l'as lis gamine. D'un coup on se rend compte avec d'Artagnan (qui lui est un adulte, mais reste un grand gamin dans sa tête) que les héros, même les plus pures en apparence, ont tous un côté sombre caché et celui d'Athos est bien crade. Bizarrement on ne l'aime que davantage ensuite, ce pauvre coincé d'Athos, mais sur le moment, ça fait mal tout de même.

D'ailleurs c'est marrant de constater que la plupart des adaptations cinévisuelles donnent toujours une version assez adouci du crime d'Athos et lui donnent quelques circonstances atténuantes - meurtre du frangin pour la BBC par exemple - mais n'osent jamais être aussi violentes et glauques que le roman : elle tombe de cheval, il voit la fleur de lys, il la déshabille et - paf - il l'a pend. Pas de discussion. Pas d'hésitation. Il n'attend même pas qu'elle ait repris connaissance, le bougre, ce qui montre clairement qu'il s'agit davantage d'un meurtre passionnel qu'un acte de justice. Tu m'étonne qu'il se soit mis à boire comme un trou pendant les cinq années suivantes !

Je crois que la version avec Gene Kelly est la seule que j'ai vu qui décrivait le crime sans l'atténuer (ça et le petit viol perpétué par ce charmant gentleman de d'Artagnan) et encore je me trompe peut-être, vu que mon dernier visionnage date un peu. Hollywood aime ses héros plus propres, de toute évidence...

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